Historique de la région de Papineau
Vingt mille ans avant notre ère, la terre de Papineau est morte, écrasée sous plus d'un kilomètre de glace. La vie s'est retranchée loin vers le sud. Un effet de serre commence cependant à se faire sentir; les glaces fondantes font place à un immense lac d'eau salée qu'on a nommé la " mer de Champlain ". Cette mer se retire lentement elle aussi, laissant derrière elle de grands plans d'eau, comme les lacs Simon et Gagnon, ainsi que les vallées de la Petite-Nation et de la Lièvre. La végétation renaît; des animaux remontent du sud, suivis d'êtres humains.
Vers l'an 4 000 avant notre ère, deux groupes d'Amérindiens au physique différent sont présents dans la région. Des objets trouvés dans les baies Martin et Noire-est à Plaisance, ainsi qu'à Thurso, ont permis d'identifier ces ancêtres des Algonquins et des Iroquois. Ils se disputeront longtemps le contrôle de la rivière des Outaouais. La tribu algonquine des Oueskarinis (mot que l'on peut traduire par " gens de la petite nation ") s'installe de façon permanente. Ses membres vivent de chasse, de pêche et de cueillette. En 1653, au retour d'un voyage dans l'est, ils sont attaqués et décimés par un groupe d'Iroquois près du Petit-Lac-Nominingue dans le nord de la région.
En 1613, Champlain remonte l'Outaouais en route vers l'île aux Allumettes. Il s'arrête à plusieurs reprises pour explorer les rivières rencontrées sur son chemin. De la Petite-Nation il écrira dans son journal : " Nous trouvâmes une rivière fort belle et spacieuse qui vient d'une nation appelée Oueskarini, lesquels se tiennent au nord d'icelle, et à quatre journées de l'entrée. Cette rivière est fort plaisante et à cause des belles îles qu'elle contient et des terres garnies de beaux bois clairs qui la bordent; la terre est bonne pour le labourage. " Des missionnaires comme Jean de Brébœuf et des coureurs des bois tels Radisson et des Groseillers remonteront aussi la rivière des Outaouais. On trouve un poste de traite à la baie Martin vers 1760.
L'an 1807 marque le véritable début de la colonisation par les Blancs. Un groupe d'Écossais s'établit à l'Ouest, près de la rivière Blanche. À l'est, la famille Papineau, qui a acheté la Seigneurie de la Petite-Nation de l'Église de Québec, accueille les 19 premiers colons canadiens-français sur les rives de l'Outaouais. Le plus jeune des Papineau, Denis-Benjamin, coordonne l'établissement. Les Papineau s'associent à des entrepreneurs forestiers anglophones qui exploitent la scierie de Sault-de-la-Chaudière, près de Plaisance. Un petit village appelé North-Nation Mills s'étend autour du moulin. Il sera démoli vers 1920 lorsque la société W.C. Edwards cessera d'y exploiter le bois.
En 1846, Louis-Joseph Papineau entreprend à Montebello la construction d'un manoir très élégant. Âgé de près de soixante ans, il a une carrière politique bien remplie derrière lui. En tant que parlementaire, il a beaucoup contribué à la démocratisation du Québec, défendant les droits des Canadiens français face à l'Angleterre. Son leadership dans la rébellion des patriotes de 1837 l'oblige à s'exiler aux États-Unis et en Europe pendant plusieurs années. De retour au pays, il se consacre au développement de la seigneurie qu'il avait achetée de son père en 1817. Il meurt le 23 septembre 1871.
En 1850 la seigneurie compte environ 3 000 habitants. Dans l'ouest de la région, des Irlandais et des Allemands, bientôt rejoints par des Canadiens français, s'installent dans les cantons de Lochaber, Mulgrave & Derry ainsi qu'à Mayo. Des colons originaires de Montréal viennent aussi s'établir dans le canton de Bowman. La vie est rude. Les nouveaux arrivants font preuve de beaucoup de détermination et de courage. Les hommes travaillent aux chantiers et l'agriculture est peu développée. Lorsque le nombre d'habitants le justifie, les villages s'érigent autour d'une église, d'un bureau de poste et de quelques boutiques.
En 1877, un chemin de fer reliant Hull à Montréal vient accentuer le développement de la région. Ce moyen de transport s'ajoute au réseau de bateaux à vapeur dont les quais principaux se trouvent à Montebello, Papineauville et Thurso. Le bois est maintenant acheminé par train aux États-Unis plutôt que par radeau et bateau vers l'Angleterre. Le régime seigneurial est aboli et ce sont les autorités ecclésiastiques qui influencent le développement des paroisses jusqu'au milieu du XX ème siècle. En 1926, la société Singer accélère l'exploitation forestière qui culminera avec la construction à Thurso de son usine de pâte à papier. Plus à l'est, la construction du Château Montebello lance la région sur la voie du tourisme. L'agriculture se développe, orientée surtout vers la production laitière.
En 1955, l'après-guerre n'apporte pas à la région la prospérité dont jouissent d'autres parties du Québec. Les municipalités ne se concertent pas suffisamment et le développement du réseau routier est trop lent. Heureusement, l'exploitation forestière se poursuit et la villégiature prend de l'ampleur. En saison, un service d'autobus amène quotidiennement des touristes de Montréal à Lac-des-Plages. À compter de 1961 paraît le journal " La Vallée de la Petite-Nation ", qui contribue au sentiment d'unité régionale. Divers services administratifs et de santé sont créés à Papineauville et à Saint-André-Avellin. Vers 1970 déferle une dernière vague de nouveaux arrivants, sur la lancé du "retour à la terre" alors à la mode. Ces artisans, artistes, maraîchers et professionnels viendront enrichir à leur façon la culture régionale.
Les textes et illustrations proviennent de la brochure " Le jeu du patrimoine " produite par la MRC de Papineau.